Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Florian Zeller invente un héros picaresque

C'est en tout cas ce que titre La Tribune de Genève.

 

Avec «Julien Parme», l’écrivain signe un quatrième roman jouissif.

Pascal Gavillet
Publié le 04 septembre 2006

De la réussite, de bonnes critiques, des ventes qui suivent, une gueule d'ange, des poses de néoromantique assumées, et le Prix Interallié en 2004: certains ont tout pour plaire. Ou pour déplaire, c'est selon. Florian Zeller était de ceux-là. Pourquoi était? Parce que jusqu'alors, sa plume, son style, son écriture, malgré des qualités, n'avaient pas encore fait la différence. Après trois romans «intéressants» (Neiges artificielles, Les Amants du n'importe quoi et le relativement prometteur La Fascination du pire), autant de pièces, de nombreux et dispensables passages télé, et un succès plus que d'estime, son nouveau livre se charge de nous délester de tous ces a priori tenaces qui subsistaient.

Une quête impossible

Pour faire simple, Julien Parme est le récit, à la première personne, d'une errance. Celle d'un ado de 14 ans qui essaie d'aller à une soirée pour y retrouver une fille, mais qui n'a pas l'autorisation de sortir, qui brave l'interdiction, ne sait pas où a lieu la fête, n'arrive pas à joindre le pote qui le sait, puis tombe par hasard sur une de ses profs, etc. Il y a dans ce roman un je-ne-sais-quoi de kafkaïen. Une tendance au surréalisme. Mais pas celui de Breton ou d'Artaud. Celui de Florian Zeller et de son héros au patronyme stendhalien (sans doute pas innocemment choisi, souvenons-nous de la fin de La Chartreuse de Parme) qui semble quêter un idéal inatteignable, tel l'arpenteur du Château de Kafka.

Héros désinvolte, par instants agaçant, pas tout à fait branché, ni complètement terminé, du moins sexuellement, Julien Parme n'entre en tout cas pas dans les normes usuelles des récits habituels. Tant mieux! Mais le charme du livre vient aussi d'un humour - lorgnant peut-être inconsciemment vers le Pinget de Quelqu'un ou le Bourbon Busset du Lion bat la campagne - mordant, grinçant, désespéré, détaché. Mais sans ce cynisme parisien (parisianiste?) qui entretient encore l'illusion de faire la loi dans un milieu littéraire truffé d'imposteurs et de poseurs sans envergure. De toute évidence, Florian Zeller n'est pas comme eux.

Son apparente facilité pour l'écriture, si elle peut prêter à la confusion - encore qu'elle soit loin d'être prouvée -, débouche ici sur un roman à la fois jubilatoire et incisif, les deux n'allant pas invariablement de pair. Mélangeant gravité et légèreté, Julien Parme aurait même les atours d'un authentique héros picaresque dans une littérature française qui en est bizarrement avare, et ceci à peu près depuis le Gil Blas de Santillane de Lesage (1868-1747). Et si le roman s'ouvre avec un exergue du Don Quichotte de Cervantès, ce n'est évidemment pas fortuit. Héraut des temps modernes, Florian Zeller en a déjà le panache. C'est décidément trop pour un seul homme!

«Julien Parme», de Florian Zeller, Flammarion, 302 p.

Les commentaires sont fermés.