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  • Florian Zeller : Un petit Don Quichotte à Paris

     Voici un article sur Florian ZELLER réalisé par LEPOINT.

    Un adolescent fugue et se rêve grand écrivain, grand séducteur. L'épopée, les émotions et les postures d'un gamin, ou Florian Zeller (27 ans) sur les pas de Salinger.

    Guillaume Chérel

    Dans le hit-parade des nouvelles coque-luches du Tout-Paris littéraire - vous savez, ces jeunes et beaux écrivains au look de figures de mode, tels Nicolas Fargues, Olivier Adam ou Nicolas Rey, qui font tourner la tête des lecteurs et journalistes... -, il convient désormais de placer un jeune homme de 27 ans, Florian Zeller.

    Pourtant, qui aurait parié sur lui, lorsqu'il a débarqué, au début du XXIe siècle, à Saint-Germain-des-Prés, avec sa jolie petite gueule à la James Dean, sur la pointe des pieds ? Sans le clamer sur tous les toits, comme la plupart de ses collègues et « rivaux », qui l'envient aujourd'hui, il ne parade pas dans les médias. Il travaille. Mène sa barque. Tel Rastignac, Zeller décrète intérieurement qu'il sera... J.M.G. Le Clézio (Prix Renaudot à 23 ans), ou rien.

    A 22 ans, il publie son premier roman, « Neiges artificielles » (Flammarion, 2002) et reçoit le prix de la fondation Hachette.

    Il écrit ensuite « Les amants du n'importe quoi » (Flammarion, 2003) et reçoit le prix Interallié 2004 pour « La fascination du pire ». Tout en prenant le temps de pondre deux pièces de théâtre (« L'autre » et « Le manège »), de donner des cours de littérature à Sciences po... et de séduire l'une des plus jolies et prometteuses comédiennes françaises, Marine Delterme.

    Vous croyez qu'il se repose sur ses lauriers ? Que nenni ! Ce jeune surdoué ne dort pas la nuit, c'est pour ça qu'il est blême. Le revoici déjà avec « Julien Parme », son quatrième roman, et il prépare une nouvelle pièce de théâtre pour la rentrée. Florian Zeller n'est déjà plus un « jeune écrivain » prometteur. C'est une fulgurance qui dure. A ce rythme, on se demande où il va s'arrêter : Goncourt à 30 ans ? Nobel à 50 ! Immortel à 60... et canonisé avant son dernier souffle.

    « Julien Parme » raconte la fugue d'un adolescent de 14 ans, une nuit à Paris. C'est lui le narrateur. Comme dans « L'attrape-coeurs », de J. D. Salinger, Zeller a su retrouver le ton faussement assuré de l'âge ingrat. Il nous fait part de ses émotions. De ses soucis. De ses premières postures : j'aime ceci, je déteste cela, na ! Raconter son histoire (banale) est inutile (papa est mort, il pense que maman ne l'aime pas, n'aime pas son beau-père mais aime une fille...). Il est question ici de style. De manière d'écrire. Ce livre aurait pu être le premier roman de Florian Zeller, pour son aspect « jeuniste ». Sauf que l'apprenti écrivain est devenu un auteur de théâtre entre-temps. Ça se sent. Ça s'entend. Sa voix est libérée. La plume coule. Il s'est lâché, comme on dit. Et use avec justesse du langage parlé. Ce n'est pas si facile à réussir que ça en a l'air. Il faut que ça coule... Question de rythme.

    Julien Parme rêve d'être écrivain. Il se prend pour l'auteur de « Voyage au bout de la nuit » et de « Cent ans de solitude »... S'imagine signer des dédicaces à tour de bras... et même séduire sa prof de français. Il est un peu con, en fait... C'est ça qui est drôle. Zeller montre qu'il a de l'humour. Bref, il n'a pas pris la grosse tête. Les jeunes gens et jeunes filles vont adorer. Et la coupe de cheveux comme l'allure de l'auteur n'y seront pour rien

    « Julien Parme », de Florian Zeller (Flammarion, 300 pages, 17 E).

     

    © le point 24/08/06 - N°1771 - Page 81 - 561 mots